Astrée Lhermitte-Soka est une artiste plasticienne française dont le travail se déploie principalement en peinture, organisé en séries thématiques au long cours. Formée au graphisme et à l’illustration au Savannah College of Art and Design en Géorgie, elle a exercé plusieurs métiers visuels avant de se consacrer à la toile.
Du graphisme au cinéma : les métiers qui précèdent la peinture
Le parcours d’Astrée Lhermitte-Soka ne commence pas devant un chevalet. Après ses études aux États-Unis, elle travaille comme graphiste à New York pendant plusieurs années. Cette première vie professionnelle lui donne une maîtrise de la composition, du cadrage et de la typographie qui irrigue encore ses toiles.
Elle bifurque ensuite vers le cinéma, non pas devant la caméra, mais dans les coulisses. Son activité de maquilleuse lui impose un rapport physique à la couleur, au modelé des visages, à la lumière artificielle. Ces compétences techniques, rarement mentionnées dans les portraits qui se focalisent sur sa filiation, constituent le socle concret de sa pratique picturale.
Pour mieux comprendre cette trajectoire singulière, le parcours d’Astrée Lhermitte sur Véron retrace les étapes de sa carrière et ses réalisations.

Séries thématiques d’Astrée Lhermitte : une peinture structurée par le langage
Ce qui distingue le travail d’Astrée Lhermitte-Soka de nombreux peintres contemporains, c’est l’organisation de sa production en séries thématiques cohérentes plutôt qu’en œuvres isolées. Chaque ensemble repose sur un fil narratif où le texte et le titre jouent un rôle à part entière.
Parmi les séries documentées figurent Doux-sœur, Les robes porte-bonheur et Hexagone exigu. Les titres ne sont pas décoratifs. Ils mobilisent la mémoire, les liens affectifs, le langage et la question de l’appartenance. Le mot peint accompagne l’image, parfois la contredit.
Otom Potom : une série commencée en 2009 et toujours en cours
La série Otom Potom illustre bien cette méthode au long cours. Son titre emprunte une expression serbo-croate difficilement traduisible, à la fois ludique et énigmatique. La critique d’art Axelle Corty, qui a commenté cette série, décrit une peinture qui « joue avec les mots et les maux » et « parle de la vie et de ses blessures ».
Des toiles comme Les quatre coings d’un monde ou Treize lunes et autant de savonnettes à l’iréos mêlent références littéraires (Cesare Pavese en particulier) et jeux de langage. D’autres titres, La Semaine des quatre jeudis ou La Mie de la boulangère, fonctionnent comme de petits exorcismes face au vertige existentiel, selon les termes de la critique.
Cette continuité sur plus d’une décennie différencie Astrée Lhermitte-Soka d’artistes qui passent d’un projet à l’autre sans fil conducteur.
Diffusion numérique et autonomie : le choix d’une artiste émergente
Astrée Lhermitte-Soka privilégie une diffusion largement directe. Son site personnel fonctionne comme un portfolio où chaque série est présentée avec des textes de médiation. Aucune représentation par une galerie fortement médiatisée n’apparaît dans les sources disponibles.
Ce modèle repose sur plusieurs éléments concrets :
- Un site qui associe visuels des toiles et textes critiques, offrant un contexte de lecture absent des galeries en ligne classiques
- Une présence dans des expositions locales et régionales, documentée notamment par l’Office de tourisme d’Artagnan en Fezensac
- L’absence volontaire de médiatisation liée au nom de son père, l’acteur Thierry Lhermitte, au profit d’une reconnaissance fondée sur le travail plastique
Ce positionnement la situe dans une frange d’artistes qui construisent leur audience sans intermédiaire institutionnel dominant. Le numérique devient l’espace principal de visibilité, avec ses avantages (accès direct, contrôle éditorial) et ses limites (moindre légitimation par le circuit galerie-musée).

Filiation et indépendance artistique : ce que le nom Lhermitte change (ou pas)
Fille de Thierry Lhermitte et d’Hélène Aubert, Astrée a grandi dans un environnement où la notoriété médiatique faisait partie du quotidien. Son frère Victor et sa sœur Louise, dite Lonny, complètent une fratrie où les arts plastiques reviennent comme un fil commun.
Le choix de ne pas capitaliser sur ce nom dans sa communication artistique mérite d’être noté sans être romancé. Astrée Lhermitte-Soka signe sous son nom complet, incluant le patronyme Soka. Elle n’a pas adopté de pseudonyme pour se distancier, mais elle n’exploite pas non plus la visibilité paternelle.
Dans les faits, la majorité des articles en ligne qui mentionnent son travail le font à travers le prisme « fille de ». Les recherches associent systématiquement « Astrée » et « Thierry Lhermitte ». Cette situation crée un paradoxe pour toute artiste émergente dans cette configuration : la visibilité existe, mais elle est conditionnée par un récit familial qui ne dit rien de la peinture elle-même.
Ce que révèle le travail plastique d’Astrée Lhermitte-Soka
Sa peinture se caractérise par un dialogue constant entre le visuel et le littéraire. Les références à Cesare Pavese, les titres qui détournent des expressions figées, l’humour discret face à « la possible absurdité du monde » : tout cela dessine une pratique où le tableau ne se regarde pas sans se lire.
Les qualités techniques héritées du graphisme et du maquillage cinématographique transparaissent dans le traitement des couleurs et la composition. Le passage par New York et le Savannah College of Art and Design ancrent son vocabulaire visuel dans une double culture franco-américaine que les séries reflètent par leurs références croisées.
Suivre le travail d’Astrée Lhermitte-Soka, c’est observer une artiste qui accumule les couches de sens avec la même patience qu’elle accumule les toiles d’une série commencée il y a plus de dix ans. La constance du projet Otom Potom, toujours en cours, reste probablement le meilleur indicateur de la cohérence de cette démarche.



